Québec Pêche :: Le webzine # 1 sur la pêche sportive au Québec... depuis 2001!

Le Webzine #1 sur la pêche sportive au Québec... depuis 2001

InfoTournees             InfoSalons            InfoTournois

Récit de voyage - La découverte du saumon de dévalaison

Envoyer Imprimer PDF

Photo_01J'arrive d'un voyage de deux jours et demi de pêche au saumon de dévalaison (heureuse expression de Mouche 001) sur la rivière Restigouche. Je suis arrivé au début de l'après-midi le 29 avril et suis reparti après le déjeuner le 2 mai. J'y ai pêché en compagnie de Alain Péloquin, résident de Mont-Saint-Hilaire (Québec), que j'ai rencontré sur place. Il arrivait d'un séjour de quatre jours de pêche au saumon « noir » sur la Miramichi. Heureuse rencontre d'une personne très affable, devenue adepte de la pêche à la mouche il y seulement environ quatre ans. Il n'est pas membre de la grande famille de la FQSA, mais m'a affirmé qu'il souhaitait le devenir. Comme dit la chanson québécoise : « Emmène-toi chez nous, Alain ».

Le pourvoyeur

Notre guide et aubergiste durant ce séjour fut Ronald Irving, propriétaire de l'entreprise familiale Service de guide Mat Pat à Matapédia (Québec). J'avais fait la connaissance de Ronald au Forum de Granby, par l'entremise de mon ami Claude Bousquet. Ronald et son épouse sont des gens organisés, agréables, discrets et extrêmement empressés. L'épouse de Ronald prépare les repas maison et entretient une belle, propre et confortable auberge sise au pied de la montagne avec vue sur la rivière Restigouche. Dans les chambres, on trouve des lits avec des matelas d'excellente qualité et une salle de bain complète et privée.

Côté guide, je n'ai que des éloges à faire. D'abord, Ronald est un guide très expérimenté et polyvalent qui ne se laisse pas contraindre par un horaire fixe. Si la pêche est bonne (ou ne l'a pas été assez) et que le client désire poursuivre sa quête, ce ne sont pas les heures de repas qui l'empêcheront de continuer (ce que j'ai vécu dans le passé dans d'autres services de pourvoirie). J'ai aussi beaucoup apprécié le fait que Ronald préfère emmener ses clients pêcher plus en amont sur la rivière, au lieu de rester en aval comme le firent presque tous les autres avec qui nous avons partagé la rivière pendant ces deux jours et demi. Nous avons donc pu pêcher en toute quiétude et prospecter de la nouvelle eau tout au long de la journée, dans un décor des plus enchanteur. Notre embarcation, un canot de 26 pieds, était munie de sièges de parterre, permettant à mon compagnon et moi de nous reposer comme des pachas entre chacune de nos rotations. Sur le côté de notre siège, se trouvait pour notre usage un thermos rempli de thé bien chaud. Un pur délice quand le vend et la pluie vous glace les articulations.

Photo_02

L'accès à la rivière

La Restigouche est une rivière extrêmement imposante à l'eau haute. Dans la partie aval, juste en amont de Matapédia, elle doit faire facilement 300 mètres de large. Nous avons aperçu deux ou trois pêcheurs à gué, mais ils n'avaient visiblement pas la tâche facile; du fait qu'ils pêchaient seuls, j'en déduis qu'ils étaient des résidents du Nouveau-Brunswick. Les résidents du Québec ont accès à la rivière Restigouche à condition d'être accompagnés par un guide autorisé. Il leur faut aussi ou bien un permis de pêche au saumon du Nouveau-Brunswick ou bien un permis de pêche au saumon du Québec. Avec un permis du Québec, il faut en plus se procurer un droit d'accès quotidien au coût de $10.00 disponible au poste de la CGRMP à Matapédia (arrangements entre les deux provinces). Avec son permis de pêche du Nouveau-Brunswick, mon compagnon de pêche avait la possibilité de conserver deux madeleineaux par jour; par contre, il ne pouvait pas garder de truites de mer. Quant à moi, mon permis me permettait de conserver des truites (ce que je fis pour sept d'entre elles, car elles avaient commencé leur montaison annuelle), mais pas de saumons. Je me suis laissé dire par des saumoniers au penchant humoristique que la bonne manière d'apprêter un saumon « noir » est de le faire cuire au four dans du papier journal, puis de le jeter, pour ne consommer à la fin que le papier journal!

Ce fut un véritable plaisir de m'offrir un séjour de pêche dans des secteurs normalement privés de la rivière Restigouche. J'inclus ci-dessous une photo à faire rêver d'un des nombreux camps de pêche que l'on retrouve sur la rivière. La photo montre le plus beau, soit celui de Brandy Brook, propriété d'un richissime américain qui a fait fortune à Wall Street. Les gens du coin apprécient le monsieur, surtout qu'il n'est pas « cheap » (il paye le salaire de ses employés pendant tout l'été, même s'il n'utilise son camp que pendant un mois). La fosse en aval du camp retient plusieurs centaines de saumons mais demeure « pas touche » même au printemps (on raconte que le propriétaire est d'accord, mais pas le « local » qui gère le camp pour le riche patron étranger!).

En passant, la rivière Restigouche vit elle aussi le cancer (point de vue de pêcheur) des hordes de canots/kayaks qui descendent les eaux de cette majestueuse « heritage river » durant toute la belle saison.

Photo_03

La pêche

Conditions. Nous avons exercé notre passion de la pêche dans des conditions plutôt difficiles pour le « beautiful body » (Têtes à claques). Il a fait assez froid tous les jours, la température ne dépassant pas les 5 degrés Celsius. Le dimanche, il a plus toute la journée et vanté un peu, rendant la situation encore plus ardue. Le lundi matin, au réveil, la nature avait revêtu de nouveau son manteau blanc! J'avais apporté des vielles bottes en néoprène de 2mm d'épaisseur, vu que je ne pouvais utiliser mes bottes respirantes dans le canot (la paire de bottillons sans crampons que je possède pour ces occasions était restée dans ma roulotte près de Bonaventure). Par malheur, j'ai redécouvert que le néoprène est moins chaud que le gore tex (qui respire), surtout quand on n'a pas emmené de pantalons chauds pour mettre par-dessus les « combines » thermiques dont on dispose. Je n'avais pas de gants non plus, ni de tuque. Je peux vous dire que le thermos de thé chaud fut d'un important secours (en dépit de son impitoyable effet diurétique). Mon compagnon avait été plus prévenant que moi, en s'assurant d'avoir du linge d'hiver dans son « campeur » pour parer à toute éventualité. Je le remercie encore pour la tuque qu'il m'a prêtée et qui a fait grand bien à mon impertinente tonsure.

L'eau de la Restigouche était à 3 degrés Celsius et plutôt haute. Dans la portion de la rivière que nous avons pêchée, l'eau était rapide, bien que relativement peu turbulente. L'eau était également brouillée, avec une teinte verte, mais s'éclaircissait graduellement. Le dernier jour, on pouvait voir les roches au fond près du bord, dans deux pieds d'eau. L'eau a baissé d'environ trois pouces ce jour-là. Contrairement à la Miramichi et à plusieurs de ses affluents dont l'eau est foncée et le fond presque noir, la Restigouche est une rivière d'eau verte et claire. Je ne sais si c'est la cause, mais vous constaterez en regardant les photos présentées que les saumons sont tout, sauf  « noirs ». Vous noterez également l'apparence de ouananiche de l'un d'eux avec ses points noirs couvrant l'ensemble de son corps.

Les endroits de pêche choisis furent généralement les petites baies d'eau relativement calme et plutôt profonde en bordure des courants rapides. On retrouve de tels sites au bout des îlots ou en aval de crans rocheux déviant le courant. Plus l'eau baisse et se réchauffe, plus les saumons se tassent vers le milieu de la rivière. Selon Ronald, ils prennent même des « bugs » à partir de la mi-mai (quand ils sont encore dans la rivière). En tout cas, j'ai pu constater que les habiletés de lecture de rivière acquises en pêche estivale et automnale s'appliquent à la pêche de dévalaison.

Photo_04
Photo_05

Attirail de pêche . J'ai pêché exclusivement avec une canne de 9 pieds pour soie 9, montée avec une soie 300 grains (bout calant de 30 pieds). J'avais aussi apporté une soie 200 grains et une canne de 9 pieds pour soie 8, ainsi que des avançons calants de marque que je n'ai pas utilisés. Mon compagnon de pêche avait aussi une canne de 9 pieds pour soie 9 (qu'il dut remiser parce qu'elle était trop molle pour effectuer des lancers efficaces dans le vent) et une soie dotée d'un bout calant de 14 pieds (de type II).

Je rappellerai au passage que les saumons de dévalaison se nourrissent et que la faim redevient un facteur à prendre en considération dans le but de les inciter à prendre la mouche, tout en gardant à l'esprit les conditions d'eau très froide, brouillée et rapide. Alain et moi avions chacun tout un assortiment de mouches, incluant dans mon cas une boîte complète de mouches à tubes en plastique, en aluminium et en laiton. Vous trouverez ci-dessous une photo de la mouche la plus productive du voyage. Il s'agit d'une mouche montée par Roger Plourde (monteur américain de mouches classiques de talent et renommé) pour le compte de Mat Pat.

Photo_06

Techniques et résultats . Nous avons pêché environ trois heures le dimanche après-midi (29 avril) et capturé chacun deux madeleineaux. Vu notre départ tardif, Ronald nous fit pêcher seulement dans le bas de la rivière en face de l'auberge à la queue leu leu avec les autres canots. On pêchait assez près du bord dans environ cinq pieds d'eau. Alain captura ses saumons avec une Renous Spécial et moi avec une mouche tube de type spey, verte et noire. Je touchais souvent le fond en lançant trop près du bord, m'obligeant à lancer plus à 45 degrés. En nous déplaçant sur la rive pour sauver un saumon, j'ai compris pourquoi : les premiers dix pieds n'avaient guère plus d'un pied de profondeur (je lançais sur ce qui était normalement la grève).

Le lendemain matin, on se dirige plus en amont sur la rivière et on s'arrête en haut d'un petit ruisseau qui se jette dans la Restigouche. Il s'agit d'une belle petite baie créée par un cran rocheux 30 mètres en amont. L'eau est rapide mais non turbulente, et profonde. J'obtiens beaucoup de succès dans ce secteur (et toutes les autres fois que nous y avons pêché), alors qu'Alain ne capture qu'un madeleineau. J'attribue tout de suite la cause de ma plus grande fortune au fait que ma soie cale plus vite que la sienne. La mouche se présente au bon niveau et mieux. Après discussion, Ronald suggère à Alain d'ajouter du poids à sa ligne, ce qu'il fait en ajoutant bout à bout deux avançons calants « fast sinking » de cinq pieds de longueur chacun. Il lui suggère aussi d'enlever deux pieds à son avançon de trois pieds de long. Moi, je garde mon système et la même longueur d'avançon (quatre pieds).

Nous changeons d'endroit et nous arrêtons en bas d'un îlot, où se dessine un beau bassin d'eau en bordure d'un courant très rapide, mais non tumultueux. Alain capture deux fois plus de saumons que moi dans cette fosse (malgré sa moindre expérience – c'est qui le King, hein?), dont deux très belles bêtes qui nous donnent tout un spectacle d'acrobatie aérienne. J'analyse la situation et conclut qu'en cherchant à éviter d'accrocher le fond (il y a environ cinq pieds d'eau à cet endroit et le courant est plutôt lent), je donne trop de vitesse à ma mouche. Avec son attirail, Alain peut ralentir sa mouche à volonté. Ça fonctionne mieux. J'essaie de remédier à la chose en utilisant des mouches plus légères, mais ça ne résout pas le problème. Il faudrait plutôt que je change de canne et de soie (200 grains). Malheureusement, le froid et la paresse l'emportent sur le bon sens. J'en paie le prix. Je me console tout de même en piquant deux madeleineaux et trois truites de mer. Je retiens de ce bout de voyage qu'il faut dans de telles circonstances présenter la mouche plus près du fond, mais pas trop au fond.

Quand l'action cesse pour de bon, nous allons voir ailleurs et nous nous arrêtons en aval d'un autre ruisseau. L'îlot d'herbe qui le borde crée un bassin d'eau de vitesse moyenne et profonde. Je laisse passer Alain en premier comme toujours et il capture un madeleineau extrêmement fougueux qui saute à plusieurs reprises. Décidément, ça va bien pour lui. Nous faisons chacun deux autres passes, sans rien, puis une dernière en fin de fosse. Lorsque mon tour arrive, je demande à Ronald de se tasser vers le large pour que je puisse présenter la mouche en profondeur au bon endroit (Alain, qui était assis au milieu, avait pris son saumon en ligne avec la pointe du canot). Au deuxième lancer, je laisse caler la mouche et la « strippe » à l'endroit qui me semble le plus prometteur. Bang! Le saumon prend la mouche avec une telle vigueur que j'en échappe presque la canne. Un « take » comme on en a pas souvent, même en été. Le saumon est très fort et donne des coups de tête d'une rare violence. Comme dirait Dial Arsenault : «  y était pas content »! Je me dis qu'il doit être piqué sur le bord des babines et je m'attends de le perdre. Mais non. Il saute deux fois. Il se dirige vers le tronc d'arbre qui émerge de l'eau près du bord et s'enroule autour. On réussit à le dégager. Je finis par le maîtriser, mais seulement au bout d'une vingtaine de minutes, la canne à l'horizontale et pliée en deux (pour une pression maximale). Qui a dit que les saumons de dévalaison n'avaient pas de coeur? Photo rapide du gros géniteur (40 pouces et plus), puis retour à l'eau.

Le lendemain, on revit à peu près le même scénario général. J'ai beaucoup de succès au premier ruisseau, au début et en fin de journée, mais moins dans la fosse en bas de l'îlot qui m'a fait honte le jour précédent (paresse, quand me quitteras-tu?). Malgré tout, je capture ce jour-là une dizaine de saumons et Alain la moitié moins, tous avec la même mouche. Presque tous nos saumons sont capturés en strippant, alors que ç'était moins le cas les deux jours précédents (c'est vrai qu'on strippait moins au début et que l'eau était moins claire lors des deux premiers jours). En tout, nous terminons notre voyage avec la capture d'au moins deux douzaines de saumons, 60 % de madeleineaux et 40 % de grands saumons. Six d'entre eux ont bondi en dehors de l'eau jusqu'à quatre fois, les gros plus souvent que les petits! Enfin, il est intéressant de noter que nous n'avons presque pas perdu de saumons, malgré le fait que nous avons pêché avec des ardillons écrasés.

Photos_07
Photo_08
Photo_09
Photo_10

Conclusion

Ce fut ma première expérience du genre et probablement pas ma dernière. Au départ, j'ai voulu faire ce voyage simplement pour élargir mes connaissances sur le monde de la pêche au saumon. Je ne comptais pas répéter l'expérience dans l'avenir. Rendu sur place, cependant, je me suis laissé prendre au jeu. En effet, mon expérience m'a permis de retrouver l'essentiel des facteurs de plaisir qui nous font retourner année après année à la pêche au saumon à l'aide d'une mouche noyée ou sèche durant l'été. Certes, les saumons de dévalaison sont moins gras que leurs cousins estivaux, mais, côté couleur, ils n'en sont pas pour autant moins beaux (sur la Restigouche en tout cas). J'ai aussi été étonné par la vigueur avec laquelle la majorité des saumons que nous avons capturés se sont emparés de la mouche. Tel qu'indiqué précédemment, l'un deux m'a même littéralement arraché la canne des mains. J'ai aussi été agréablement surpris de voir les saumons sauter en dehors de l'eau à plusieurs reprises pour se défaire de l'emprise de la mouche. De façon générale, j'ai trouvé que les saumons de dévalaison – tout comme les saumons du mois d'octobre au N.-B. et en N.-É. – sortent moins de ligne que les saumons qui remontent la rivière en été; ils « creusent » (dig in) et combattent plus à portée. Malgré tout, trois ou quatre d'entre eux nous ont fait voir la corde de réserve. J'ai même dû en suivre un sur la berge sur une distance de 700 pieds avant de le maîtriser suffisamment pour que le guide le saisisse par la queue et le retourne dans son élément. La plupart du temps, à cause de la force du courant, il a fallu aller au bord pour attraper les saumons (par la queue, pour éviter de leur faire perdre des écailles). Finalement, j'ai découvert qu'il fallait, tout comme l'été, ajuster constamment son équipement et sa technique pour changer la vitesse et la profondeur de la mouche, ainsi que l'angle et l'action de cette dernière pour avoir du succès. À plusieurs reprises, c'est ce qui a fait la différence dans les résultats obtenus, alors que les passes précédentes sur un plan d'eau donné s'étaient avérées infructueuses. La pêche au saumon de dévalaison ne serait donc pas une activité halieutique banale et inférieure .

En terminant, je vous avouerai que j'avais toujours entretenu une petite gêne à l'égard de la pêche au saumon de dévalaison, me disant qu'on devait éviter de les « harceler » inutilement après une période de jeûne prolongé et l'épuisante joute amoureuse de fin d'automne. Je me faisais la réflexion qu'ils avaient bien d'autres choses à faire que de se faire piquer une nouvelle fois avant de retrouver enfin, après de longs mois, le goût de l'eau salée. Cependant, tout bien considéré, je ne vois pas pourquoi on n'appliquerait pas la même logique à la pêche aux saumons qui arrivent de la mer et qui remontent la rivière durant l'été. Il faut bien admettre que ces saumons ont tout autant que leurs aînés de dévalaison autre chose à faire que de se faire mal à faire plaisir à des pêcheurs.

Photo_11
Photo_12

Claude Hamel alias Syomga

------------------------------------------
Avis Important : tous les textes sur Québec Pêche appartiennent à leur auteur respectif. QP se dégage de toute responsabilité relié de près ou de loin au contenu des chroniques publiées sur Québec Pêche.
© Reproduction interdite sans autorisation écrite de l'auteur. Tous droits réservés.