Le Philosophe-Pêcheur
Entendez-vous l'appel de la rivière ?
- Le philosophe-pêcheur
- Albert Gaudet
Je suis un amateur de pêche en colère.
En colère contre cette plus récente folie de Jean Charest de vouloir, à tout prix, faire du Québec le champion mondial des énergies propres. En jouant sur les mots et sur l'inquiétude institutionnalisée on veut nous faire croire qu'il est essentiel de devenir des champions, qu'il en va de notre santé et de notre prospérité collective. Mais par cette basse manœuvre on nous éloigne de l'unique but de cette aventure : satisfaire, encore une fois, l'appétit démesuré des grands consommateurs américains, nous refusant une fois de plus à remettre en question cette folie mathématique associé à la croissance dans un univers fermé.
Si on ne s'occupe pas de nos rivières, elles mourront une après l'autre.
Je suis en colère contre l'information biaisée qui est véhiculée par les grands médias et groupes de pressions financiers et qui consiste, entre autre, à minimiser la validité des interventions de plusieurs mouvements environnementaux et chercheurs renommés en les traitant d'alarmistes, d'utopistes, de rêveurs, de poètes, d'illuminés ou d'éco-terroristes en puissance! On voudrait les faire passer pour des fous alors qu'ils veulent simplement, pour reprendre l'expression du poète, nous empêcher de passer tout droit.
Si on n'écoute plus nos rivières, elles deviendront silencieuses.
Je suis en colère contre tous ceux qui assistent passivement à la modification irréversible de plans d'eau, qu'il s'agisse de l'artificialisation des berges, de la réduction des forêts riveraines, de la dégradation de la qualité de l'eau (par le rejet de produits domestiques ou industriels, de médicaments, etc.) ou de la perte ou la modification de milieux de vies pour les poissons. Ce qui devrait constituer, à nos yeux, une richesse patrimoniale unique, est laissé entre les mains d'irresponsables. Nous en sommes responsables.
Si nos rivières ne peuvent plus vivre, elles nous tuerons.
Je suis en colère contre ceux qui acceptent que, du revers de la main, l'on puisse tasser avec mépris des études sérieuses et documentées de la communauté scientifique et même d'organismes gouvernementaux (BAPE). Notre mode de vie, notre croissance économique sans limites et notre prédation agressive des ressources de la terre est de plus en plus dénoncée par des gens ayant des compétences scientifiques reconnues. Nous semblons préférer nous abreuver aux sources de l'Empire et de ses manipulateurs de chiffres même si nous savons tous qu'ultimement c'est dans nos poches qu'ils viendront puiser les milliards nécessaires pour corriger leurs erreurs!
Si nous vendons nos rivières, il ne nous en restera que les noms.
Cette liberté de parole, dont nous sommes avec raison très fier, ne sert à rien si on ne l'accompagne pas d'une écoute respectueuse, et cette écoute est de plus en plus banalisée, canalisée, ridiculisée. C'est ainsi qu'on agit présentement avec un très grand nombre d'intervenants qui ont des solutions innovatrices à proposer. Nous préférons écouter ceux qui quotidiennement et avec beaucoup de mots s'appliquent à nous apprendre bien peu de choses et à alimenter nos peurs. Nous devons parler haut et fort.
Si nous vendons notre liberté il ne nous restera rien.
En 2000 il y avait au Québec 50 rivières d'altérés par des barrages...en 2008 on en comptait 115 ... puis bientôt ce sera 121! On nous dira qu'il y a plus de 4000 rivières au Québec et qu'il n'y a pas lieu de s'énerver d'un si petit pourcentage... on disait la même chose de notre forêt, de nos saumons, de nos ombles de fontaines, de nos morues, de nos...
Si nous vendons notre environnement, nous vendons notre vie.
Je suis tanné d'entendre tous ces mensonges qui accompagnent ces discours nous promettant du "développement" et de la "croissance" dans le ''respect de l'environnement''. Et comme le dit si bien la chanson: Et c'est pas fini, c'est rien qu'un début! On nous martèle que l'important est de créer de la richesse! On évite de nous parler du coût humain et environnemental de la création de cette richesse!
Je suis aussi en colère contre l'inaction d'un très grand nombre d'écologistes, d'amants de la nature, de pêcheurs, de chasseurs, etc. On s'est imaginé que l'ouverture de chemins forestiers et de sentiers pour VTT et autres véhicules tout terrain nous permettait uniquement de reculer les limites de notre action sans véritablement se questionner sur notre façon d'agir dans la nature et sur la façon de définir notre notion de plein air. On a accepté la définition de ceux qui ont des rêves et de nouvelles technologies à nous vendre. On a aussi progressivement toléré que la connaissance de la nature devienne le parent pauvre de notre système d'éducation. Au Québec une partie importante de notre histoire, de nos activités économiques, de nos traditions et manières de vivre est intimement lié à notre attachement profond à la nature, aux lacs, aux rivières et au fleuve. Nous semblons l'avoir oublié!
On n'a jamais autant parlé d'environnement, de nourriture bio, d'écologie mais on le fait sans mettre le nez dedans! Parler d'écologie sans marcher en forêt, sans descendre une rivière en canot, sans se réapproprier l'accès aux rivières et au fleuve, sans participer concrètement à des activités formatrices, parler d'écologie seulement en terme de Bac-vert, de compostage et de jardinage urbain, se dire vert parce qu'on possède une mangeoire pour les moineaux et qu'on achète du bio provenant du Chili ou de la Californie c'est se laisser convaincre d'un merveilleux mensonge!
Et on continue à s'imaginer qu'on peut avoir une société si on détruit l'environnement! On continue à former des gens qui confondent "coût" et "valeur" mais surtout des gens qui se refusent de voir les coûts cachés qui sont associés à notre façon de vivre, de produire, de consommer et de partager.
Nous possédons le savoir et les outils nécessaires pour identifier et modifier ces affronts que nous faisons subir à la nature! Il ne nous manque que la volonté. Nous n'avons pas d'excuses! Ne faudrait quand même pas que nous en arrivions à assister à la destruction de notre planète les deux yeux rivés sur nos écrans plasma!
La planète est ma cour!
Je dois avoir le courage de dire: non, pas dans ma cour!
Je dois surtout accepter les conséquences et les responsabilités qui viennent avec cette prise de position!
On ne doit pas protéger les rivières seulement parce qu'il y a du saumon qui y circule! On doit les protéger pour tout ce qui peut y vivre, nous inclus! On doit aussi protéger les ruisseaux qui les alimentent ainsi que les fleuves et les océans où elles se jettent. Est-ce que la pêche se résumera à capturer du poisson d'élevage dans des aquariums en ciment?
Si on accepte d'être solidaire on devra prendre position concrètement.
Si on continue sur cette lancée, qui réduit quotidiennement l'espace nécessaire aux êtres vivants, c'est qu'on aura pris la décision d'être égoïste et de ne penser qu'à court terme. Ceux qui sont parents ne devraient pas laisser à leurs enfants un si petit héritage.
Ultimement la confrontation se fera entre ceux qui ont à cœur de réduire les déséquilibres sociaux, de modifier les façons de produire et de consommer, de s'impliquer activement sur le terrain et de mettre fin aux agressions environnementales de toutes sortes et ceux qui, peu importe les conséquences, auront décidé que leur entière loyauté sera envers les grandes entreprises et les institutions politiques au service de ces dernières, et ce afin d'augmenter les profits privés et le pouvoir d'un petit nombre.
Chacun de nos gestes devrait être un vibrant témoignage envers la nécessité de préserver ce qui est nécessaire à la vie.
Albert
Avis Important : tous les textes sur Québec Pêche appartiennent à leur auteur respectif. QP se dégage de toute responsabilité relié de près ou de loin au contenu des chroniques publiées sur Québec Pêche.
© Reproduction interdite sans autorisation écrite de l'auteur. Tous droits réservés.



