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Le brochet à la mouche.

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Lentement le canot glisse entre les nénuphars, encore quelques coups de pagaie et je serai en mesure d'effectuer un lancer vers une zone qui m'apparaît propice à faire bondir maître Lucius! Tout est calme, j'immobilise le canot et doucement je saisis ma canne à moucher et, après avoir effectué quelques faux lancers, je laisse partir la soie vers ce petit espace libre, là juste devant. La mouche se dépose à la surface, je la ramène tout doucement, par petite saccades, en retenant mon souffle et tout à coup le « V » caractéristique du brochet en chasse se dirige vers ma mouche…

Quand on veut aller plus loin que la malheureuse absolue nécessité de capturer des monstres, pêcher le brochet à la mouche peut nous assurer des sensations fortes, des surprises et quelquefois des histoires qui nous donnent envie de tout lâcher, de nous acheter une chemise à carreau, d'y apposer des écussons et de devenir chroniqueur de pêche professionnel.

J'ai découvert ce plaisir il y a une trentaine d'années, un peu par hasard. Je me trouvais sur un plan d'eau typique des bons territoires à brochet et, pour tout dire, la pêche était exceptionnelle. Je pêchais avec une canne qui avait la rigidité d'un piquet de tente mais j'avais aussi en ma possession ma canne à moucher de 9 pieds, équipée d'une soie #8 flottante de 30 mètres, sans fil de réserve bien entendu, et quelques mouches assez volumineuse que j'utilisais habituellement pour la pêche à l'achigan. Comme le brochet mordait sur n'importe quoi, j'installai au bout du bas de ligne un leader d'acier de 12 pouces et y accrochai une imitation de souris. Bon, je ne vous raconterai pas en détail ce qui s'en est suivi - car ce n'est pas le but de ce texte - mais qu'il me soit permis de vous indiquer que lorsque le brochet d'une vingtaine de livres s'est retrouvé dans l'embarcation, ma canne devait faire 10 pieds, ma soie faisait certainement 35 mètres, mon leader d'acier était rendu à 14 pouces et mon bras droit était, je vous le jure, plus long que mon bras gauche…bon mettons que j'exagère un peu mais je peux vous affirmer que cette journée là j'ai fait deux importantes découvertes : primo, il peut s'avérer important d'avoir du fil de réserve quand on s'attaque aux gros poissons et secundo : la pêche au brochet à la mouche ça peut devenir royalement « tripatif » !

Parlons équipements!

Pour pêcher ce poisson avec «le respect qu'il déserve» il faut posséder l'équipement approprié c'est à dire une canne qui nous permettra de lutter convenablement avec le brochet et de le sortir rapidement des herbiers vers lesquels il essaiera bien souvent de se réfugier, l'idée étant d'éviter de l'épuiser, ce qui est d'autant plus essentiel lorsque la température de l'eau est élevée.

Une canne #8-9 ou 10 possède ces avantages et de plus elle permet de lancer de façon adéquate les mouches à brochets qui, il faut bien l'avouer, peuvent prendre des proportions considérables. La soie flottante WF est recommandée et personnellement j'utilise une soie conçue pour pêcher l'achigan, mais je me suis laissé dire que des soies existaient pour le maskinongé et le brochet. On peut aussi pêcher avec une soie avec bout calant, lorsque dans les périodes plus chaudes le brochet est plus profond…mais en ce qui me concerne je préfère m'appliquer à générer une explosion en surface où près de la surface! Pour ce qui est du moulinet, il est souhaitable d'en avoir un qui est capable «d'en prendre», avec un bon système de frein pour éviter les perruques occasionnées par les départs canons du brochet! Une cinquantaine de verges de fil de réserve en Dacron, d'une vingtaine de livres de résistance, remplira votre moulinet (ce qui augmentera votre ratio de récupération) …mais vous oublierez probablement sa couleur car le brochet moyen ne se sauvera nécessairement pas sur de longues distances …mais vaut mieux prévoir…et éviter le stress d'être au bout de sa soie!

Bon maintenant on arrive à la section qui fera certainement grincer des dents les puristes : bas de ligne et attache de la mouche! Je n'ai pas la prétention de posséder le savoir universel, ce que je vais vous indiquer ici c'est ce que j'utilise …et pour l'instant, compte-tenu des lieux où je pêche ça fait mon bonheur! Bas de ligne de 4 à 6 pieds en monofilament entre 10 et 20 livres, attaché boucle à boucle avec ma soie. N'étant pas un moucheur avec beaucoup de puissance j'ai remarqué qu'un bas de ligne court me permettait de mieux déposer ma mouche. Au bout du mono j'attache, en utilisant nœud Albright, une section de 8 - 10 pouces de fil de métal tressé recouvert de plastique et j'y attache ma mouche avec un nœud de Figure 8. Je me suis laissé dire qu'il existe maintenant du fil métallique tressé permettant de faire les nœuds usuels et j'ai bien l'intention de l'essayer la saison prochaine!

Dans mon livre à moi, pour paraphraser Stan, une bonne mouche à brochet mesure entre 4 et 8 pouces, elle est construite avec des fibres synthétiques de tout acabit, du poil de chevreuil et elle n'est pas en montée avec hameçon tandem, approche que l'on retrouve quelquefois dans des mouches de 10 pouces car les pêcheurs veulent éviter de perdre les poissons qui attaquent timidement ou par de côté. Je trouve aussi qu'il est plus facile de remettre à l'eau un poisson qui est piqué à un seul endroit… et que 6 pouces c'est déjà assez de sport comme ça à lancer! Les couleurs ? Jetez un coup d'œil à vos leurres artificiels pour le brochet, les couleurs qui fonctionnent bien feront l'affaire! Jaune, orange, chartreuse, rouge, noir! et des combinaisons du genre : rouge/blanc, rouge/jaune, noir/jaune, noir/orange, rouge/chartreuse, noir/chartreuse. Évitez dans la mesure du possible des grosses mouches qui ont une grande rétention d'eau…je vous jure qu'après quelques lancers on a la certitude d'avoir un écureuil trempé jusqu'aux os au bout de sa ligne!

Quelques mots sur des outils essentiels: l'extenseur de mâchoires et une pince à bec long (forceps). Dans les cas ou le brochet aura avalé profondément votre mouche, l'utilisation d'un extenseur de mâchoire et des forceps vous permettra de retirer votre mouche sans blesser le poisson et surtout, sans prendre le risque d'insérer vos doigts dans ce broyeur exceptionnel! Un petit détail : pourquoi ne pas recouvrir les pointes de votre extenseur avec du « tape » électrique, un tube de plastique mou ou des billes de plastique. Vous éviterez ainsi, lors de l'utilisation, de perforer la mâchoire du brochet et de lui infliger des blessures inutiles…qui peuvent potentiellement s'infecter et causer son décès. En passant : une corde au bout de laquelle vous aurez fixé un morceau de «mousse» et à l'autre bout pince ou extenseur vous évitera de perdre le tout au fond du lac si le brochet se met à jouer des extraits de Riverdance!.

Parlons techniques.

J'aurais tendance à vous dire: essayez différentes profondeurs, différentes actions et vitesses jusqu'à ce que vous trouviez la combinaison gagnante! Des petits détails? Après avoir lancé votre mouche, laissez-là reposer un peu, quelques secondes, puis ramenez-là lentement et à vitesse constante. Ramenez le tout en ligne droite, pas de fantaisies. Le brochet est une formidable machine pour attaquer directement par le côté ou par l'arrière! Avec des mouches sèches je préfère ramener le tout quelques pouces à la fois et de faire des pauses de quelques secondes après avoir lancé le plus près possible des couverts et des herbiers.

Afin de bien ferrer le brochet je vous suggère de maintenir votre canne en ligne avec votre soie et la mouche et de ramener votre ligne en laissant glisser la soie sous votre index de la main qui tient la canne. Si ça « explose » vous n'aurez qu'à fermer la main sur la soie, à tirer la canne vers vous tout en effectuant le geste pour relever la canne et engager le combat! Il va sans dire que des pointes d'hameçons bien aiguisées sont de mise.

L'attaque du brochet sur une mouche peut causer des sensations particulièrement intenses! Elle peut provenir des profondeurs mais aussi se produire dans moins d'un pied d'eau! Généralement, le brochet attaquera la mouche de côté ou de l'arrière, il pourra aussi s'approcher en laissant voir, quelques instants avant l'assaut, une grande partie de son corps hors de l'eau. Ces instants sont indescriptibles…mais à mon avis, rien ne dépasse en pure émotion de voir l'eau se gonfler et créer une vague vers la mouche alors qu'un gros brochet se lance vers cette dernière…il est alors bien difficile de contrôler ses émotions et de laisse le brochet filer vers l'objectif!

Si par bonheur il vous arrive de capturer un gros brochet je vous invite à procéder à sa remise à l'eau le plus rapidement et avec la meilleure approche possible. Les gros géniteurs méritent toute notre attention et notre respect. Il va sans dire qu'on n'utilise pas les cavités oculaires pour soulever le brochet, on évitera aussi de le soulever à la verticale et de le laisser se heurter à tout ce qui traîne. En fait la meilleure approche est de le laisser dans l'eau! Pour l'émotion qu'il vient de vous faire vivre il mérite de retourner à l'eau dans les meilleurs conditions. Et si vous voulez prendre une photo soyez préparé! L'opération totale devrait prendre le moins de temps possible!

Avec plaisir et passion,

Albert

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