Boris Vian disait que les articles de fonds ne remontent jamais à la surface…alors je me suis dit que dans cette chronique je tenterais bien humblement de traiter, avec un petit peu de profondeur, d’un article de pêche qui remonte à la surface et que j’affectionne particulièrement : le buzzbait!
Décrié par plusieurs comme étant responsable de la perte de plusieurs poissons trophées, accusé de tous les torts et de tous les travers, responsable de cannes brisées suite à des manifestations de colères particulièrement impressionnantes, le buzzbait reste à mon avis un des plus intéressants leurres de surface… mais il se retrouve souvent en quarantaine dans le fond du coffre à pêche de ceux qui ont perdu le « monstre du lac » à cause de ce leurre maudit !
Pourtant la facilité avec laquelle il dévie au contact de roches, branches et obstacles rigides et semi-rigides, son aisance à créer un sillon et un bouillonnement d’eau en passant au dessus de plantes aquatiques submergées et l’attrait sonore unique de ses hélices qui agissent comme un vrai réveille-matin peuvent certainement contribuer à faire de ce leurre un formidable aimant à achigan et brochet! Si l’attaque d’un poisson transperçant la surface de l’onde ne vous cause pas de grandes sensations, si vous êtes insensible à cette expression de la vitalité du poisson, ce leurre n’est pas pour vous. Mais si comme moi vous préférez cet instant à tout autre, si vous êtes prêt à concéder la quantité pour une certaine manifestation de la qualité et de la beauté, ce leurre saura assurément vous offrir, entre quelques frustrations nécessaires au développement de tout apprentissage, des instants de pure extase!

Essentiellement le buzzbait se compose d’un gros hameçon, fixé à l’intérieur d’une tête plombée, d’une jupe de couleurs qui recouvre l’hameçon et d’une tige de métal qui supporte une ou plusieurs hélices, soit en métal ou en plastique. C’est cette hélice, combinée à une bonne vitesse de récupération, qui permet à ce leurre de créer un sillon et cette magnifique effervescence du fluide à la surface !
Personnellement je préfère utiliser des modèles avec une petite hélice lorsque je pêche sur une surface lisse par temps calme et des modèles plus bruyants et plus volumineux lorsque le vent vient troubler la surface de l’eau. Mais avec tous les modèles qui existent sur le marché je suis assuré que les « full patch » saurons vous convaincre de l’absolue nécessitée de posséder des modèles aux multiples couleurs avec une, puis deux, puis trois hélices - tiens, c’est comme les nouveaux rasoirs avec 5 lames. Pour ma part j’utilise un vieux rasoir à une lame, que je glisse 5 fois sur mon visage puisque je ne suis pas pressé … et je m’approvisionne en buzzbait dans le fond du coffre de mon frère!
Pas besoin d’avoir lu les 24 tomes de la « Propédeutique du lancer » pour tirer le maximum du buzzbait! Il faut lancer son leurre un peu plus loin que l’endroit où on pense que le poisson peut se cacher. Deux options s’offrent alors à nous : on peut soit commencer la récupération une fraction de seconde avant que le leurre touche la surface de l’eau ou, au moment de l’impact sur la surface, ramener rapidement notre buzzbait vers la surface en récupérant la ligne et en relevant le bout de la canne vers le ciel! L’idée étant de permettre au leurre d’atteindre sa vitesse de croisière et son action puis ensuite de le ramener à la vitesse appropriée pour qu’il s’agite en surface!
Maintenant pour la partie difficile !
Ce qui est le plus ardu à contrôler lors d’une attaque - et la principale raison pour laquelle ce leurre est très souvent mis en pénitence dans le fond du coffre de pêche - c’est notre empressement à ferrer le poisson ce qui a habituellement pour effet d’extirper le leurre de la gueule de l’achigan alors que ce dernier est simplement en train de l’aspirer ! Nous sommes des spectateurs privilégiés et l’agression du leurre par un brochet ou un achigan est une action qui suscite généralement chez le débutant une réaction vive et immédiate! Léo Ferré (quel beau nom pour un pêcheur!) l’a si bien dit « Avec le temps » on en arrive à comprendre qu’il ne faut pas ferrer lorsqu’on observe l’attaque mais bien lorsqu’on sent cette dernière, lorsque les mâchoires se sont refermées sur le leurre! J’ai déjà lu le conseil d’un professionnel qui mentionnait de ne pas regarder le leurre afin de ne pas réagir lors de l’attaque, l’idée n’est pas mauvaise en soi mais, en ce qui me concerne, c’est se priver du véritable plaisir associé à cette forme de pêche! Par contre un exercice qui peut être particulièrement bénéfique et assurément amusant c’est de vivre l’expérience de récupérer le leurre avec les yeux fermés en se concentrant sur ce qui est perceptible dans l’action de la canne. Ce petit exercice - qui peut se faire avec n’importe quel leurre de surface - est un excellent moyen de percevoir cette petite différence qui trop souvent se perd dans l’explosion de la surface de l’eau. Être à l’écoute de ses sens !
On peut aussi effectuer certaines modifications qui permettront à ce leurre d’être potentiellement plus efficaces. Dans les petits trucs de Michel « Fishall » Beauregard ce dernier nous explique comment ajouter une palette de bruitage pour augmenter le claquement de ce leurre; il nous suggère aussi de percer des trous dans les hélices afin d’augmenter le bouillonnement en surface et de modifier la présentation du leurre. Parmi les autres petits trucs on pourrait aussi mentionner de plier légèrement vers le bas la tige qui porte l’hameçon ce qui a pour effet d’aider à mieux accrocher le poisson ou de plier cette tige de façon à modifier la trajectoire de récupération…les poissons ayant un déplacement erratiques pourquoi un leurre devrait-il emprunter le chemin le plus court (qui est souvent le moins long) pour se déplacer ? Plusieurs vont aussi recommander d’ajouter un hameçon remorque pour tirer profit des attaques qui ne sont pas trop agressives, d’autres vont ajouter un leurre de plastique ce qui aura pour effet d’augmenter la visibilité. Puis vous pouvez aussi accrocher votre buzzbait à votre miroir d’auto (le miroir extérieur évidemment) lors d’une journée pluvieuse en route vers votre coin de pêche préféré… les multiples rotations et la résistance de l’eau vont créer une usure qui va générer des bruits extraordinaires. Je vous le dis : de la musique pour les poissons!
Où lancer son buzzbait ?
Si je n’étais pas aussi humble je vous référerais à mon classique Mes bons « spots » de pêche. Mais puisque cette œuvre n’est pas définitive, je vais ajouter quelques petits détails qui pourront certainement contribuer à maximiser votre utilisation du buzzbait! Cherchez les lignes d’herbes, les couvertures de nénuphars, les troncs d’arbres, les fonds de roches, les herbiers submergés, les roches visibles, les quais, les bordures, les hauts fonds de toutes sortes, les structures de ponts. Dans un monde idéal, si vous aimez la tranquillité et prenez plaisir à bien découper une zone, vous pouvez effectuer des lancers en périphérie de la structure visée et progressivement vous rapprocher de la cachette de rêve du poisson. Par contre si vous êtes plutôt du genre à y aller pour le jackpot un lancer précis à quelques pieds de la cible devrait réveiller le poisson qui se prépare à saisir les proies qui se présentent dans son territoire de chasse.
Lors d’une journée ou le poisson est particulièrement agressif ce leurre vous donnera des moments de rêves! L’essayer c’est l’adopter!
Bonne pêche !
Albert Gaudet
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