Le marcheur de fonds
- mardi 12 juin 2012 23:37
- Mis à jour le jeudi 6 septembre 2012 12:24
- Jacques Lamarre
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Il y a bien des années, le grand Roger ramait tranquillement sa verchères jusqu’à l’autre bout du lac. Puis, il faisait un long virage vers la gauche pour revenir ensuite plus vers le milieu et reprendre la même ligne en sens inverse. Derrière la chaloupe il traînait son arme secrète qui lui permettait de ramener régulièrement de belles grises à la maison.
Le grand Roger a bien caché son secret pendant des années mais, un soir où il était particulièrement généreux de ses conseils, il a finalement révélé son secret en montrant à ses chums le gratteur de fond* rudimentaire qu’il s’était bricolé.
Le poids et l’encombrement d’un tel attirail étaient de gros handicaps mais, l’idée était assurément bonne puisque ce machin faisait prendre du poisson avec une régularité étonnante. Les pêcheurs du nord ont donc continué à l’utiliser et, avec les années, lui ont apporté plusieurs changements, jusqu’à ce qu’il devienne ce qu’il est maintenant. C'est-à-dire, un engin de pêche raffiné et bien pensé, qu’un nombre grandissant de pêcheurs utilisent pour pêcher le doré, le touladi et la mouchetée.
Des qualités surprenantes
Le marcheur de fond ne peut être confondu avec rien d’autre dans notre coffre. Il a des dimensions gigantesques, par rapport aux devons et aux cuillères, sans oublier qu’il est complètement dégarni. Ce qui est normal puisque ce n’est pas un leurre. C’est plutôt un lest très ingénieux qui possède plusieurs qualités surprenantes.
Sa vertu la plus remarquable est sa capacité de marcher sur le fond sous marin sans s’accrocher.
Mais encore, s’il ne faisait que ça ? La vraie magie c’est qu’il le fait en traînant derrière lui un avançon de quelques pieds au bout duquel un appât se déplace langoureusement, à environ 1 pied du plancher sous-marin… Imaginez à quel point une telle présentation peut être invitante pour un poisson !… Ajoutez-y un Slow Death ou l’un de ces irrésistibles poissons nageurs et ce beau trophée dont vous avez toujours rêvé est juste là, à votre portée, à la prochaine passe…
Comment c’est fait ?
On nous a souvent parlé de lests aux formes originales qui ne se prennent pas dans le fond. Malheureusement, la plupart d’entre eux ne se sont pas montrés à la hauteur de leurs prétentions. Cette fois, ATTENTION ! Dans le cas du marcheur de fond; ça fonctionne vraiment.
Ce qui le rend si efficace, c’est sa forme bien particulière.

On peut voir sur l’illustration que le marcheur de fond a bien changé depuis l’époque du grand Roger. Il a maintenant davantage l’air d’une ballerine que d’un engin de forgeron. Il est désormais fabriqué à partir d’une simple broche de métal solide qui ressemble à un grand ‘’ L’’ majuscule inversé.
La petite loupe qui se trouve au point de rencontre des deux membres ( A ) est l’endroit où l’on noue le fil à pêche qui relie le marcheur de fond à la canne. ( Un fil d’assez gros calibre aidera à tirer votre gréement s’il accroche dans l’herbe ou autre chose )
À l’extrémité de la tige la plus courte ( B ) on a attaché un tourillon avec une agrafe, C’est au bout de celle-ci que l’on nouera l’avançon de l’appât. ( L’utilisation d’un fil invisible aidera votre cause )
Au milieu de la longue tige, on a moulé un plomb de forme oblong qui reste bien fixé à la broche et qui ne bouge pas. Ce qui laisse dépasser en permanence un bout de tige de quelques pouces ( C ) en bas du lest.
C’est le bout de cette tige qui touche le sol. Grâce à elle, nous obtenons un contact très perceptible avec le sol, alors que la masse du lest se déplace à plusieurs pouces au dessus de celui-ci, évitant ainsi une quantité incroyable d’accrochages.
Comment l’utiliser
Essentiellement, on utilise le marcheur de fond pour pêcher à la traîne, à basse vitesse. La traîne peut être très rapprochée, quasiment à la verticale, ou plus éloignée. Il y a évidemment beaucoup de variantes aux descriptions qui vont suivre mais, nous nous contenterons ici d’une simple initiation à la technique. Pour le reste; il s’agira, souvent, d’adaptations entre les deux méthodes.
Pêche à la verticale
La pêche à la verticale consiste à se déplacer tranquillement et à pêcher en s’efforçant de toucher constamment le fond, tout en gardant, le plus possible, notre fil perpendiculaire à l’eau.
C’est une pêche en finesse où le pêcheur a besoin de toute son attention. Ainsi concentré; rien ne lui échappe. Il peut donc apporter les correctifs nécessaires pour suivre les moindres dénivelées du sol. ( Pour ce genre de pêche, les moulinets équipés d’un flipping switch sont nettement avantageux )Du même coup, le pêcheur percevra mieux des attaques plus subtiles de l’appât par le poisson. Il pourra alors réagir rapidement et ferrer.
Voici une illustration montrant un marcheur de fond en situation de pêche quasi-verticale sur un fond sableux ou terreux.

En se déplaçant, le bout du marcheur de fond se faufilera sur et entre les roches, ou, il grattera le fond en faisant soulever des nuées de poussière qui, ensuite, se redéposeront sur le sol. Il arrivera qu’en certains endroits les poussières seront si abondantes et légères que le nuage formé cachera en partie ou en totalité notre appât.
Un poisson aux aguets sera vite intrigué par un tel signal et il pourra aisément succomber à l’illusion. Dans un monde où, souvent, tout se joue en une fraction de seconde; il est très possible que sa réaction soit de profiter de cet écran pour s’approcher de sa proie sans être vu. Quand elle sera à sa portée, il se propulsera d’un puissant coup de queue et VOILÀ !!! … Pris à son propre jeu.
… Évidemment, ça ne se produit pas toujours comme ça mais, quand ça arrive, c’est que la ruse du pêcheur a fonctionné. Yes !!!
Pêche à la traîne éloignée
Le principe d’utilisation reste le même pour la pêche à la traîne éloignée, sauf que le lest et l’appât traînent plus loin derrière l’embarcation. Ce qui change considérablement l’angle du marcheur de fonds. Il est alors beaucoup plus en position couchée et il reste en contact permanent avec le sol.
C’est une très bonne façon de pêcher à la traîne puisque l’appât est présenté à la hauteur idéale…

Comme pour les autres méthodes de pêche à la traîne, on peut pomper la canne de temps à autres et donner de petits coups, ou encore, faire avancer l’appât rapidement sur quelques pieds et le laisser immobile pendant quelques secondes. En variant le rythme de traîne de la sorte, on brise la monotonie du mouvement de l’appât. Ce qui, bien souvent, provoquera l’attaque du prédateur.
Certains jours, cette technique obtiendra beaucoup de succès mais, elle n’est pas infaillible. Néanmoins, il s’agit d’une méthode qui ne peut qu’ajouter aux compétences du pêcheur.
La pêche en quasi suspension
Parmi les variations possibles, mentionnons qu’il n’est pas essentiel que le marcheur soit en contact permanent avec le fond. Certains pêcheurs d’expérience considèrent qu’ils obtiennent plus de succès lorsque le marcheur de fond ne fait que des contacts occasionnels avec le sol, juste pour s’assurer que l’appât reste bien dans la zone souhaitée.
Encore une fois, c’est en essayant différentes façons de faire que l’on finit par devenir un meilleur pêcheur.
Quel appât utiliser
Mis à part les leurres fabriqués de métal lourd, on peut utiliser à peu près n’importe quel appât. Que ce soit un streamer, un ver monté en Slow Death ou sur un vite pris, une sangsue, ou encore, l’un de ces innombrables poisson-nageur ( flottant pour qu’il ne s’accroche pas partout )… À peu près tous les genres d’appâts peuvent être présentés convenablement à l’aide d’un marcheur de fond…. Imaginez : Ils vont passer à un pied du fond… LA ZONE !
Quelle longueur d’avançon
Il n’existe pas de règle universelle pour déterminer à l’avance la longueur d’avançon qui fera la différence. En général, un avançon d’environ un mètre ( 3 pieds ) à un mètre trente ( 4 pieds ) fait bien l’affaire pour commencer. Si ça ne fonctionne pas, il faudra faire des essais en le rapetissant ou en l’allongeant.
L’équipement
Il ne faut cependant pas perdre de vue qu’un aussi gros bidule ne peut pas passer au travers les œillets de la canne. Il faut donc prévoir que celle-ci devrait être suffisamment longue ( au moins 7’ 00 ‘’ ) et assez rigide pour nous permettre d’amener notre capture jusqu’à la surface. ( Juste le bidule fait déjà une couple d’onces ) Il est aussi important d’avoir une bonne puise ( minimum 4 ’00’’ de longueur ) pour nous permettre de monter notre prise à bord, autrement que seulement par la canne ou juste le fil.
Quelle couleur choisir ?
Les marcheurs de fond sont offerts dans un très large éventail de couleurs, incluant, comme dans le bon vieux temps, le plomb naturel. Celles-ci vont du noir au blanc, en passant par toute la gamme des couleurs fluo que l’on puisse imaginer.

Certains bons pêcheurs croient que la couleur n’a aucune importance et que l’on peut utiliser n’importe laquelle sans distinction. D’autres pêcheurs ( comme moi ) croient, au contraire, que le marcheur de fond agit aussi comme un attracteur, au même titre que les cuillères ( flashers ) devant un avançon.
Qui a raison dans ce débat ? … Encore une fois, c’est le poisson qui tranchera.
C’est lui qui nous dira si l’on a eu une bonne idée en choisissant telle ou telle couleur. Et puis, rappelons-nous-en. Ce sont les meilleurs indices pour nous faire comprendre ce que l’on devrait répéter ou pas… Pour tout de suite, il faut simplement savoir qu’en allant faire un petit tour chez quelques marchands, on trouvera certainement la couleur que l’on souhaite pour nous donner raison.
Quelle grosseur ?
Dans le même ordre d’idée, on nous propose aussi plusieurs choix de grosseurs ( poids ) de marcheur de fond. Ceux-ci sont généralement disponibles en versions allant d’une once à quatre onces en suivant un échelonnage d’une once et même, parfois, d’une demie once.
Encore une fois, l’approvisionnement est habituellement facile, surtout en début de saison.

Règle générale, en situation de pêche à la traîne éloignée, il est recommandé d’utiliser une once de poids de lest par tranche de 10 pieds de profondeur. Lorsqu’il y a du courant ou que l’on traîne très loin derrière, on peut avoir à utiliser un peu plus pesant si l’on veut être certain de bien toucher le fond.
À l’opposée, si l’on pêche plus à la verticale, mieux vaut essayer de diminuer la pesanteur de notre gréement puisque l’on améliore ainsi la sensibilité de notre canne. La théorie du ‘’ plus petit possible ‘’ est certainement souhaitable mais peut demander un certain temps d’apprentissage. Un lest plus lourd pourra aider le néophyte à percevoir plus facilement le contact du fond. Il pourra ensuite décider s’il veut, ou non, modifier la grosseur du lest.
Comme ils ne sont pas très dispendieux, procurez-vous-en donc quelques uns. Il est toujours commode d’en avoir plusieurs sous la main.
Et quoi encore ? ...
Il y a tellement à dire à propos du marcheur de fond que nous n’avons qu’effleuré le sujet. Mais, comme nous l’avions déjà dit, nous nous limiterons à ceci pour le moment. Je suis persuadé qu’en connaissant le concept de base, vous pouvez y aller de vos premiers essais. Vous pourrez ensuite vous faire votre propre opinion sur la technique.
Nous pourrons évidemment en parler dans le forum ‘’ Trucs, Techniques et Équipement de pêche ‘’… 1+1+1+1+1+1+1 …. Sur QP, il y plus de 20,000 pêcheurs qui peuvent ajouter leur grain de sel dont, possiblement vous.
J’anticipe de vous lire à mon tour…
Avec plaisir et passion !
Jacques Lamarre ( Ivor3 )
* À l’époque, ce type de lest s’appelait le ‘’ gratteur de fond ‘’. Depuis qu’on l’a remodelé avec un aiguille en bas du lest, on l’appelle ‘‘marcheur de fond ‘’





















